Avant d'être une commune, Ploemeur était une paroisse. Avant d'être une paroisse, ce vaste espace ouvert sur la mer a évolué selon des découpages territoriaux propres aux cultures qui s'y sont succédé.
Aussi loin que veulent nous entraîner les indices topographiques ou les pièces archéologiques laissés par ces cultures, nous traversons des millénaires pour retourner vers l'origine de l'histoire des hommes. Alors, nous entrons dans des temps où les glaciations avaient reculé la ligne de rivage au-delà de Groix. Nous traversons des espaces que les millénaires et les variations climatologiques s'acharneront à façonner. C'est dans cet environnement parfois hostile que l'homme devra affirmer ses facultés d'adaptation et sa supériorité pour gagner le statut qui est le sien.
En ce lieu où la mer n'était pas, s'étendait une grande plaine humide encadrée de moraines (*). Les animaux qui y vivaient (cerfs, bouquetins, chevaux, etc.) côtoyaient parfois de petites sociétés humaines descendues du plateau "continental" pour s'inscrire dans la chaîne alimentaire. Equipés d'un outillage rudimentaire (bâtons, chopper (*), choping toul (*)), ces lointains ancêtres se manifestaient dans la bande sud du Massif Armoricain vers -500 000 ans avant notre ère. Organisés en petites communautés, ces groupes à la recherche de nourriture et d'abri se déplaçaient sur de larges territoires. Quelques galets aménagés ont été découverts sur les secteurs de Kerham et de Kerroch
Quelques, 300 000 ans plus tard, au Paléolithique Moyen, alors que la dernière glaciation Wurm fige une nature hostile et peu propice au développement des espèces, équipés d'un outillage largement amélioré, les hommes traquent le gibier. Dans une activité ordonnée par une amorce de structuration sociale reconnue par le groupe, laissant les cadavres et carcasses, ils ramènent les meilleurs morceaux vers des "camps de base". A ce moment, l'homme est devenu un chasseur. Il fabrique ses armes et outils parmi lesquels se trouvent l'épieu durci au feu ou les premiers bifaces. Doué d'une capacité d'observation et d'analyse, il façonne à partir de roches dures les pièces et outils nécessaires à ses activités de subsistance (bifaces, grattoirs, perçoirs, etc.). Il découpe la peau, tanne, se fabrique des vêtements pour se protéger du froid et se construit des abris sous les surplombs rocheux ou en grottes.
Un de ces groupes de chasseurs-cueilleurs a laissé des marques de son passage à Kerroch. En 1999, à l'occasion des travaux de terrassement liés à l'aménagement de la station d'épuration, un biface en quartz et un galet aménagé dans le même matériau sont exhumés du sous-sol.
Lorsque, enfin la dernière glaciation Wurm, secouée par de nombreux soubresauts, laisse s'installer un climat boréal, profitant du réchauffement les hommes et les animaux vont s'approprier ces espaces ouverts.
Le niveau marin que Wurm avait descendu à 120 m sous le niveau actuel remonte sensiblement. Vers 9 000 avant notre ère, au moment où le Paléolithique va céder la place aux cultures Epipaléolithique et Mésolithique, la mer remontée à - 60 m approche du mamelon de Groix. La large plaine qui sépare encore ce plateau élevé du continent devient un espace humide obligeant l'homme à se retirer vers des zones plus élevées.
Quelques communautés vont s'installer sous des surplombs dominants. Leur présence est attestée par la découverte d'ateliers de taille de silex. Ces emplacements où se développe une production microlithique laissent présager la présence de lieux de vie supposés voisins. Sur une ligne de crête figurant le rivage actuel, on en dénombre trois situés aux lieux suivants : Porcoubart, le Fort du Talud et le Fort Bloqué.
Pour le premier : Porcoubart, 25 pièces microlithiques et de nombreux éclats de débitage parfois retouchés affirment une occupation certaine. A la pointe du Talud, sous l'emplacement du vieux fort, 31 pièces dont 4 outils en silex marquent les lieux. A la limite du cordon dunaire, près du Fort Bloqué, il s'agit d'un véritable atelier de taille de silex. On y a prélevé de nombreux outils (grattoirs, burins, fragments de lamelles, etc.). L'ensemble est accompagné d'une importante quantité d'éclats de débitage dont certains portent des retouches.
La remontée des températures, entamée par la séquence Boréal (*) du Mésolithique installe un climat atlantique doux et humide. Cette évolution climatologique, réalisée sur une courte séquence de quatre millénaires, engendre une série de variations du niveau marin. Par cinq transgressions flandriennes (*) échelonnées sur les derniers 5 000 ans avant notre ère, le contour actuel de nos côtes est dessiné.
Ces changements vont considérablement influer sur l'environnement. Progressivement une chênaie mixte va occuper les paysages désertiques. La steppe froide ou toundra, reculant vers le nord, laisse les premières forêts s'installer. Le pin, le bouleau et le noisetier cèdent progressivement devant le hêtre, le chêne et le charme. Les mousses et lichens sont remplacés par les herbes et les arbrisseaux. Profitant de sols propices à leur développement, des légumineuses et des tubercules poussent ça et là. Ce nouvel environnement riche en réserve de nourriture installe une faune abondante et diversifiée.
(*) Définition du terme dans le lexique à la page ?..
Héritière de ces modifications du Paléoenvironnement, une nouvelle civilisation va poindre du fond du bassin méditerranéen. Huit mille ans avant notre ère, sur un secteur géographique compris entre la Turquie et l'Egypte connu sous le nom du "Croissant fertile", le Néolithique ou nouvel âge de la pierre va profondément modifier la structure sociale des groupes humains. De nouvelles techniques, de nouvelles habitudes, l'élevage, l'agriculture sédentarisent les communautés. De chasseur-cueilleur, l'homme prédateur devient producteur.
Cette formidable mutation génère un accroissement des populations et favorise les échanges. Cantonnée un premier temps sur le Moyen Orient, la culture néolithique finit par déborder de ses limites territoriales pour essaimer sur le vieux continent.
Le Néolithique atlantique résulte de deux courants migratoires. Partis du Croissant fertile, deux groupes d'éleveurs-agriculteurs aboutissent vers nos contrées. L'un est identifiable à sa production de poterie au style de décor rubané. Sa pérégrination s'effectue selon un long parcours par l'Europe centrale. Il aborde notre territoire par le nord-est. L'autre, plus lié à la mer, débarque sur la côte sud pour remonter le couloir rhodanien (*). Il s'identifie par une poterie ornée de l'empreinte d'un coquillage : le cardium. Aussi se verra-t-il baptisé Culture Cardiale.
Lorsque vers - 5 000 ans avant J.-C., le Massif Armoricain passe sous l'influence du Néolithique, on voit se dessiner des partages de territoires dans lesquels s'organisent les lieux de vie (groupements d'habitats collectifs ou réservés à la cellule familiale), les lieux de mort matérialisés par la présence de monuments funéraires (Cairns, dolmens, allées couvertes) et des lieux de mémoire (regroupement de menhirs selon des organisations variables).
Malgré les agressions du temps et des hommes, Ploemeur a préservé quelques-unes de ces réalisations. Qu'ils soient isolés ou groupés, les menhirs sont présents au Fort du Talud, au Moulin du Gaillec, à Kerroch et près du Couregant.
Restes ultimes d'ensembles plus conséquents ou éléments isolés ayant appartenu à un système complexe aujourd'hui disparu, ces monolithes de taille et de masse variables sont en granite local. Souvent placés sur des points dominants, ils peuvent être vus de loin et s'inscrire dans une structure territoriale réfléchie.
Les monuments funéraires sont représentés par une série de dolmens parmi lesquels doivent être cités Cruguellic, Kerham et celui d'Ar Roch à Penher. Un autre monument de ce type signalé également à Penher a été totalement détruit en 1974. En 1924, Z. Le Rouzic y avait découvert 2 vases et 3 haches polies en fibrolite.
Le dolmen à chambres transepté de Cruguellic a bénéficié en 1974 et 1975 d'une fouille de sauvetage menée par le Service Régional de l'Archéologie. Cette intervention, qui a permis une restauration partielle de l'espace funéraire et de son cairn parementé, a recueilli de nombreux objets du Néolithique. Plusieurs fragments de poteries, une hachette en pierre polie,
des pendeloques et perles exhumées des chambres funéraires ont souligné l'intérêt de ce monument aux dimensions imposantes. Une intervention rapide, mais rendue spectaculaire par les moyens mis en oeuvre, le dolmen Ar Roch voyait en 2002 sa stabilité renforcée, lui garantissant ainsi une protection contre l'effondrement. Ce monument fouillé au début du siècle a livré quelques pièces archéologiques. Des descriptions anciennes signalent au lieu-dit Kerham la présence d'un monument mégalithique connu sous l'appellation de "Tachen er Grouich". Fouillé par le Commandant Le Pontois, il est décritpar Le Rouzic comme une allée couverte ruinée enchâssée dans les restes d'un tumulus allongé. Les fouilles entreprises par l'officier de marine permettent de récolter des fragments de poteries et des éclats de silex, parmi lesquels furent trouvées 3 perles en callaïs.
Un autre mégalithe décrit comme une allée couverte ruinée est signalé au lieu-dit Laudé. Au lieu dit le Guermeur, un amas mégalithique laisse supposer la présence d'une structure funéraire détruite.La dalle à cupules découverte en 1975 sur une décharge proche de Saint-Jude peut avoir appartenu à une construction néolithique.
Il est en effet fréquent de voir ce type d'ornementation participer à la structure de monuments de cette période.
Ces ensembles, dont la construction s'est étalée sur les 3 000 années, couvertes par la période néolithique, s'organisent bien souvent selon des paramètres topographiques, géologiques et d'orientation qui présentent un certain nombre de constantes. Les observations qui en découlent permettent d'aborder l'étude des territoires que la recherche actuelle s'efforce d'identifier.
C'est probablement à l'excentration du Massif Armoricain que nous devons l'absence du Chalcolithique et le retard à notre implication dans l'Age du Bronze. En effet, depuis près d'un millénaire, le reste de l'Europe connaît et utilise le métal. Le cuivre arrivé très tôt est vite supplanté par le bronze qui en est la logique évolution. Faisant abstraction du processus évolutif, les néolithiques armoricains vont brutalement adopter le bronze et tous les changements qui l'accompagnent. Comme pour souligner cette rupture culturelle, les monuments mégalithiques sont abandonnés. Les quelques rares réutilisations connues s'y installent en parasites ou accompagnées d'un remodelage architectural.
L'ancienne société encore relativement égalitaire, où l'inhumation et les réalisations collectives sont les pratiques courantes, bascule vers une structure où la primauté d'un individu sur ses semblables est nettement marquée. Cette discrimination sociale apparaît dans le mode d'inhumation. De superbes tombeaux sous tumulus sont construits pour honorer dans leurs morts les petits princes bronziers.
La butte de la Motte Madame, située au lieu-dit Briantec, fouillée en 1829 et en partie détruite en 1958, pourrait avoir appartenu à ce type de construction funéraire.
Ce qui peut surprendre sur le territoire de Ploemeur c'est le peu de traces et de vestiges de cette période. Alors qu'ailleurs, tumulus, dépôts de forgerons-bronziers où pièces découvertes isolées marquent clairement cette période de transition, ici, on constate une grande discrétion. Doit-on admettre que l'ensablement subi au XIIème siècle, comme il a recouvert le tumulus de Saint-Adrien, aurait gommé l'essentiel des traces laissées par l'Age du Bronze ? Pour l'heure, aucun élément ne vient étayer la réponse.
Cette période aurait pu apparaître aussi discrètement que la précédente mais deux stèles, découvertes l'une à l'est du village de Saint-Jude et l'autre au lieu-dit La Lande, nous apprennent la présence de cimetières gaulois. Par ailleurs, des restes de fours à augets servant à fabriquer des pains de sel sont signalés près de Fort Bloqué et à Porcoubart. Cette activité développée par les gaulois confirme leur présence sur le secteur. On devra aussi mentionner, tout en gardant une certaine prudence, les nombreux enclos vus en prospections aériennes. Par leur forme, la largeur de leurs fossés et leur répartition, beaucoup d'entre eux s'apparentent à de petites fermes gauloises disséminées dans le paysage.
Les romains n'apporteront pas beaucoup de changement aux peuplades autochtones. Tout au plus, adoptera-t-on quelques améliorations propres à l'habitat et aux tenues vestimentaires. Les conquérants ayant eu la sagesse d'associer les dieux gaulois à ceux de leur panthéon, le choc de la défaite passée, l'acculturation se fera sans trop de heurts.
Les premières révoltes paysannes, les Bagaudes qui éclatent au IIIème siècle, sont sévèrement contenues par Dioclète et Maximien. Elles reprendront au Vème siècle en s'associant aux premières invasions. Ces mouvements sporadiques pousseront les grands propriétaires terriens à abandonner leur domaine pour se réfugier dans les villes. Barricadés dans les cités, laissant leur domaine se démembrer ou à l'abandon, les édiles et notables gallo-romains verront s'effondrer l'Empire lorsque les Limes de l'est céderont sous les coups des barbares.
Alors une longue période de régression sera traversée. Elle débouchera sur le Moyen Age pour voir de petits domaines se reconstituer autour d'habitats fortifiés que seront les mottes médiévales et leur basse cour.
Près de l'étang du Ter, on peut apercevoir dans le paysage les restes d'une structure fossoyée de ce type. Parallèlement s'organiseront les premiers villages, comme celui de Pen ar Malo sur la commune voisine de Guidel. Ces petites communautés, totalement accaparées par une économie de subsistance, marquent très peu le paysage.
Plus tard, pour des motifs religieux ou des raisons domestiques, les hommes continueront à fréquenter la bande littorale. Ils viendront dans le secteur de Port Fol pour y extraire des bancs de granite des croix monolithes et des meules circulaires.
Leur passage discret dans l'histoire est à découvrir par des actions de prospections et d'étude systématique du patrimoine vernaculaire. Et, c'est en cela que le travail des archéologues amateurs ou professionnels est utile. Il propose un relais aux élus qui eux disposent du pouvoir décisionnaire.